Vincent et Arnaud sont allés à la rencontre de Parisien d’un jour, nominé catégorie urbain des Trophées du Tourisme Responsable. Ils nous racontent leur expérience.
A propos des Parisiens
« Le Parisien n’a rien contre le bon accueil, mais seulement en voyage ».
Alain Schifres
La capitale, nous autres parigots on la connait ! On ne prend même plus le temps de lever la tête de nos smartphones pour regarder la dame de fer sur cette chère ligne 6 vers le pont de Bir Hakeim alors qu’autour de nous moults touristes brandissent déjà leur Panasonic 25 mégapixels 3D/GPS. On fuit Saint Sulpice ou Le Louvre avec tous ses mangeurs de hamburgers suivant un circuit « Da Vinci Code » sur les traces de Tom Hanks et de notre Audrey Tautou nationale. Bref on l’aura compris, le Parisien, cet être égoïste, hautain et inculte, se fait force lorsqu’il s’agit d’indiquer un chemin au touriste, quand il a pris le temps de le faire ou de s’exercer dans les langues étrangères qu’il maitrise si mal « ze Tour Eiffel iz zère ».
Soyons clairs : puisque les Français vont voyager, et que Paris c’est quand même 25% des français, les stéréotypes tombent peu à peu grâce à des initiatives comme celle de « Parisien d’un jour ». Très sympa le concept des « greeters » : il s’agit de bénévoles aimant tellement leur ville qu’ils font visiter gratuitement leur ville à tous visiteurs, étrangers comme autochtones. « Greeters » qui veut dire hôtes comprend près de 250 bénévoles parisiens. Le concept vient de New York, la Big Apple. Mine de rien la ville lumière, première destination touristique mondiale, ne pouvait échapper au phénomène et se prête vraiment au concept : faire rencontrer des gens d’horizons divers et en groupe restreint. La Mairie ainsi que l’office de Tourisme de la ville lumière financent d’ailleurs cette association dans le but de « faire davantage participer les Parisiens à l’accueil des visiteurs ». Comme quoi ils ont identifié le problème soulevé par pas mal de touristes étrangers dans le champ « commentaires divers » de la fiche de sortie remplies assidument dans les Aéroports de Paris. Greeters ne propose pas de guide touristique professionnel (mince alors on voulait visiter le musée de la magie histoire d’avoir une idée pour faire disparaitre les pigeons parisiens ), mais une véritable rencontre avec des riverains faisant découvrir leurs endroits insolites ou tout simplement partageant leur quotidien…qui a l’air bien plus sympa que celui des résidents de la petite couronne que nous sommes.
A la découverte des habitants de Belleville
C’est donc du côté de Belleville que nous entamons ce comité de vérification des Trophées du Tourisme Responsable.
- Vincent : « J’ai pris cette mission très à cœur et en amont, en écoutant les paroles de feu Maurice Chevalier, natif du quartier qui disait : « Les gars de Ménilmontant, Sont toujours remontants, Même en redescendant, Les rues de Ménilmuche ». Cependant ma tentative de se fondre dans la masse s’avère avoir 60 ans de retard.
- Arnaud : "Pour me préparer, je suis allé voir le dernier concert-tirage de révérence d’Eddy Mitchell, autre natif du quartier. Je n’ai pu m’empêcher de soupirant devant le ciné de Belleville qui résonnent encore les paroles du crooneur-bien-de-chez-nous « c’était la dernière séance ». Mince en plus ils ont déprogrammé « ciné soir » sur France 3. Nostalgie, quand tu nous tiens ».
Mais revenons à nos moutons : les anciens quartiers ouvriers de Belleville offrent une multitude de contrastes urbains. Se succèdent ateliers d’artisans, résidences ouvrières avec des halls d’entrée mosaïqués de la cité Leroy dignes de la basilique Saint Sophie, petits traversée verte insolite entourée de boulevards haussmanniens. C’est fou quand même. Ah, tiens on apprend en même temps que Belleville était autrefois un village, rattaché à Paris en 1860 seulement. Edith Piaf y chantait « Tiens vl’à un marin » et Django Reinhardt « vendredi 13 » à la Bellevilloise, entourée de moulin et de vignes.
Bon on est quand même en 2011, qu’en-est t-il de nos jours ? à notre grand étonnement, cet ancien quartier ouvrier « transpire » toujours l’huile, « suinte » encore la poussières de Gypse, et murmure encore de l’Eddy…pardon, du Louise Michel (vous savez cette anarchiste très fréquentable qui, en 1870, était volontaire, nous citons, « pour se rendre seule à Versailles et tuer Thiers », Président de la République). Bon c’est différent : le quartier a la fibre artistique, nous parlons de peinture à huile, de Gypse travaillé à coup de bouchardes et de châsse carbure par des… sculpteurs, et d’une attraction locale : Lucio Urtubia, l’anarchiste dont l’antichambre attire aujourd’hui plus d’étudiants en cinéma et de journalistes que de prolétaires communards – on vous rassure, il ne mord pas (il n’a de toutes façons plus de dents pour cela, l’ancien). Dommage, devant l’affluence, la rencontre avec ce personnage haut en couleur fut brève et expéditive comme un photocall avec Mickey devant le château de la Belle au Bois Dormant.
Une autre rencontre très intéressante nous a été proposée : Raul Velasco, un mexicain bellevillois nous a présenté ces œuvres d’art insolites… à la vue de certaines œuvres à connotation…militariste, nous nous serions crus dans une chaine de montage de missiles. Que nenni, il s’agissait de l’œuvre « dommage collatéral » (non, pas le navet avec Schwarzenegger, c’était plus subtil que ça) afin de dénoncer « l’idiotie de ce que l’on appelle la guerre propre ». Le clou de la rencontre fut la démonstration d’une authentique presse à gravure, une mécanique de précision vraiment impressionnante avec laquelle nous aimerions bien graver le logo des Trophées en bichrome sur une plaque de fonte de 30 kg. Les rencontres furent vraiment de qualité en somme…
Le quartier de Belleville est aussi parsemé d’art urbain dont les plus connus sont les pochoirs de Nemo. Les trouver dans des endroits plus insolites les uns que les autres représentent un vrai challenge, cependant certains sont vraiment immanquables même pour quelqu’un de myope et atteinte de strabisme et d’astigmatisme : les pochoirs utilisés doivent faire du 4*3 mètres…chapeau bas, l’artiste !
Mais c’est surtout la passion avec laquelle notre greeteuse Claude nous a transmis l’amour de son quartier que nous retiendrons. Merci beaucoup à elle d’avoir cassé nos stéréotypes. Le 20ième véhicule depuis toujours un imaginaire négatif alors que son patrimoine, et tout simplement les lieux de vie, valent vraiment le détour. D’autant plus que cette expérience est accessible à tous : certains balades sont programmées pour les seniors et les handicapés moteur.
Avis de messieurs les experts – autoproclamés – du comité de sélection
On aime :
- sortir des sentiers battus que l’on peut très faire soi-même « je vais aller me faire tirer le portrait sur la place du Tertre, en même temps que 50 coréens, 3 italiens, 7 allemands et le basset de la mère Denis »
- faire des rencontres improbables « mes idoles sont Louise Michel et Zapata » dixit Lucio Urtubia »
- étaler sa science : « alors ici, regardez, ce sont d’anciennes latrines commune »
- prendre du bon temps, tout simplement.
On aime moins :
- Ne pas savoir quelle nationalité donne le moins et le plus en termes de pourboire.
- Si tu deviens bénévole, difficile de faire visiter ton quartier à la sortie du boulot : prévoir des chaussures de marche doublées de talonnettes sinon pieds en pâté. Les embouchoirs ne sauront les remettre en état, mais un cordonnier de Belleville, oui.
- Retour de comité de vérif, ligne 2 à plat, 7 stations à pied : Paris restera toujours Paris. Pieds passent du pâté à la compote. A côté du cordonnier il y a une masseuse.
Parisien d’un jour démontre que la ville recèle des trésors cachés : certes le patrimoine urbain est à découvrir mais cette expérience originale invite à cultiver la simplicité et les relations humaines pour redonner du sens au tourisme sur les pavés. En somme, nous sommes comblés
comme le sont tous les autres membres du comité de vérification, qui sont allés à la rencontre des 30 nominées des Trophées du Tourisme Responsable.























